Le Réveil Lozère 27 septembre 2016 à 08h00 | Par Nathalie Rigoulet

Le renouveau attendu de la filière laine

Si les ovins font partie intégrante de l’histoire des Cévennes, la transformation de la laine n’est depuis plus d’un siècle plus perçue comme une activité rémunératrice. Afin de reconstruire une filière qui crée de la valeur ajoutée, le parc national va à la rencontre des éleveurs.

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Au Moyen Âge, la laine était plus cher que la viande.
Au Moyen Âge, la laine était plus cher que la viande. - © Nathalie Rigoulet

Le 27 août dernier s’est déroulée la 5e fête de la laine à Génolhac, organisé par le parc national des Cévennes en partenariat avec la commune de Génolhac et la communauté de communes des Hautes Cévennes. Cette manifestation qui a accueilli créateurs, artisans, éleveurs et professionnels de la filière laine est l’occasion de faire un point sur cette matière première trop longtemps tombée aux oubliettes. Conscient de l’urgence de la situation actuelle et persuadé que la laine offre de réelles perspectives de développement économique et social, le parc national s’engage dans un travail de fond auprès des éleveurs, des artisans et des élus. Julien Buchert, chargé de mission agro-pastoralisme au parc national retrace les grandes lignes de l’histoire de cette filière et présente les initiatives mises en œuvre pour la relancer.

La belle épopée du textile

Si la présence d’ovins domestiqués en Languedoc remonté à 5700 av. J.C, c’est au Moyen Âge que débute la belle épopée du textile. La draperie se développe et le fameux cadis (drap de laine traditionnel) fabriqué dans le Massif central s’exporte dans le monde entier. Le mouton joue alors un rôle majeur dans le quotidien des familles, autant pour la fumure que pour sa laine (au début du xviiie siècle, le prix de la laine est cinq fois supérieur à celui de la viande !). Si l’artisanat lainier représente alors l’économie principale du Massif central, la fin du xixe siècle met à mal cette activité qui ne résiste pas à l’ouverture des marchés et à la concurrence internationale avec l’arrivée des fibres synthétiques. Le fumage est délaissé au profit des engrais chimiques et les troupeaux de moutons, excepté pour leur viande, deviennent, nettement moins intéressants ! Même si de bonnes initiatives seront lancées après guerre pour relancer la filière, le sauvetage sera de courte durée. Le constat est aujourd’hui alarmant. Les coopératives ont presque disparu. La laine, considérée comme un déchet encombrant, est majoritairement exportée pour être nettoyée et transformée. Son prix est au plus bas et la collecte est presque exclusivement l’affaire des négociants privés. En France, et en Europe, les filatures, unités de lavage et de transformation se raréfient. Force est de constater que le modèle économique actuel n’est pas bon. Les éleveurs vivent très mal de leur travail, alors que l’on évalue la ressource en laine sur le territoire du parc à plus de cent tonnes par an. Une richesse qui apparaît indiscutablement comme une possibilité de diversification pour l’élevage ovin. Une laine issue d’un animal en bonne santé, bien tondue et propre revêt de nombreuses qualités. Elle est naturelle, renouvelable, biodégradable, isolante, élastique, résistante… Une aubaine pour les secteurs de l’habitat, de l’ameublement ou de l’habillement.

Créer de nouveaux produits

L’enjeu consiste donc à se réapproprier localement certaines étapes de transformation pour créer de la valeur ajoutée, créer de nouvelles activités, de nouveaux produits et insuffler une dynamique. Dans cette optique, Julien Buchert et Mathilde Schlaeflin vont à la rencontre des éleveurs pour leur faire prendre conscience du potentiel de la filière, écouter leurs besoins et leur proposer des outils. Pourquoi ne pas surfer sur le regain d’intérêt que prennent ces dernières années les produits naturels ? Des initiatives locales, régionales, nationales (Ateliers laine d’Europe, Terra rural, Raïolaine…) auxquelles s’associe le parc suivent cette voie. Relancer la filière, ne pas baisser les bras et aller de l’avant.

Nathalie Rigoulet

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Le 23 juillet dernier, les députés de la majorité ont piétiné leur propre loi. Ils ont assumé, sans sourciller, de ratifier le Ceta autorisant les importations de viandes canadiennes issues de bovins nourris aux farines animales… après avoir voté, quelques mois auparavant, une loi interdisant toute commercialisation, en France, de produits “pour lesquels il a été fait usage de produits vétérinaires ou d’aliments pour animaux non autorisés par la réglementation européenne”.

rappelle le berceau des races à viande du Grand Massif central dans un communiqué daté du 17 septembre où les responsables appellent à la mobilisation.

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